Arrivée il y a plus d’un siècle en Guyane, la population chinoise fait partie intégrante du paysage socio-économique guyanais. Notamment grâce à l’influente association Fa Kiao.

Difficile de parler de la communauté chinoise en Guyane sans évoquer l’association Fa Kiao, qui siège à la place des Amandiers. Comme l’explique son président Chan Man Sun, « Fa kiao signifie chinois d’Outre-mer. Chaque pays possède une association d’expatriés similaire ». Celle du Suriname a fêté dernièrement ses 130 bougies, alors que celle de Guyane a été créée un peu plus tard en 1957. Le bureau guyanais compte aujourd’hui quatre personnes originaires de Qingtian. L’autre moitié est composée de descendants hakkas, à l’instar de M. Chan. Devenue très influente dans le tissu économique local, l’association propose des cours de mandarins aux enfants qui n’ont pas la possibilité d’apprendre leur langue maternelle du fait qu’ils vivent en Guyane. Mais aussi, des cours de danse auxquels de nombreux expatriés participent en vue du spectacle folklorique du Nouvel An chinois (la danse du dragon), principal événement ouvert organisé par Fa Kiao. Car même au bout du monde, la communauté chinoise entretient ses coutumes ancestrales.

Comme la plupart de ses compatriotes, Chan Man Sun est très attaché à ses origines, et très disert aussi lorsqu’il s’agit de revenir sur les origines de la migration chinoise en Guyane : « Les Hakkas sont un peuple initialement proche de l’empereur, qui ont été obligés de partir suite à une scission avec le pouvoir durant la dynastie Tang ». Sur les sept millions de hakkas chinois recensés dans le monde, ils seraient deux millions à vivre en dehors de leurs frontières. « Une vague importante est arrivée en Guyane après la guerre de l’Opium en Chine, à la fin du XIXe siècle, précise le président de Fa Kiao. La misère poussait les gens à l’exil. Par effet de solidarité, et de rapprochements familiaux, la population chinoise en Guyane a vite augmenté. Elle s’est ensuite spécialisée dans le commerce alimentaire et la restauration ».
L’autre principale communauté chinoise de Guyane est originaire de Wenzhou (province du Zheijang), et plus précisément de Qingtian. « Cette migration a débuté avec l’arrivée de M. Kuo dans les années 1920. Ce premier migrant est parti non pas pour des raisons économiques, mais pour des problèmes familiaux, nous raconte une de ses descendantes, Shao Hung. Il est arrivé au Brésil, puis en Guyane pour monter un magasin de photo à Cayenne (l’actuel emplacement de Nouille York). Il s’est marié avec une française et a fait venir un premier ami, Cho Kom Pio, qui créera ensuite le magasin en face de la cathédrale, spécialisé dans les déguisements de carnaval ». Cette deuxième vague de migrants ne tardera pas à s’implanter durablement dans le département. Les Chinois du Zheijang développeront la plupart des bazars, ou des petits commerces dans l’habillement ou les chaussures. D’après l’Insee, le nombre de Chinois en Guyane dépassait les 1200 en 2009 , soit plus de 1,5 % de la population étrangère du département. Sans compter ces milliers de migrants qui ont, depuis près de deux siècles, acquis la nationalité française au fil du temps.

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Texte de Guillaume Aubertin & Pierre-Olivier Jay