ZÒT DOUMANDÉ
POU MO, MO RIVÉ

« Le kasékò, c’était et cela reste “Man Sérotte”. Pour moi, c’était chez elle que je me retrouvais, que je retrouvais toute la culture et la tradition de la danse et de la musique guyanaises. Chez elle, nous nous sentions “un”. Elle représentait la gardienne de la culture guyanaise, un liant. Dans ces moments, je me sentais enfin “exister”. Lionel, habitué des soirées chez Man Sérotte.

Le kasékò désigne à la fois un rythme, une danse, une musique et le nom du tambour permettant de le jouer, ce qui témoigne de sa richesse et de sa complexité. Il est le produit du choc et de l’interpénétration de cultures mises en contact dans l’univers des plantations.
Le kasékò est une expression musicale et chorégraphique qui porte l’empreinte du continent africain dans le rythme entraînant, joué sur un tambour à peau, dans la variation de hauteur du son du tambour, dans les déhanchements des femmes, les sauts acrobatiques des hommes, le style responsorial des chants et l’improvisation des chanteurs.
Durant la période esclavagiste, les esclaves utilisaient le tambour dans les rassemblements interdits par le Code noir. Après l’abolition de l’esclavage en 1848, le tambour investit les abattis et ultérieurement les placers après 1855. Il occupe une place importante dans la tradition du mayouri. Le kasékò est alors joué par les cultivateurs qui avaient coutume de l’exécuter pendant et à la fin des travaux agricoles. À l’époque, la bourgeoisie cayennaise, composée en partie de mulâtres, résidant sur la rive droite du canal Laussat ne lui reconnaît aucune valeur. Alors, il faudra attendre plusieurs années pour que celui-ci trouve une place dans l’espace urbain, grâce à l’ouverture par Madame Sérotte d’une salle konvwè, située au rez-de-chaussée de son domicile à l’avenue d’Estrées face au cimetière. L’entrée était gratuite et Madame Sérotte accueillait les uns et les autres «  sans distinction de race ni de religion » selon son credo. L’affirmation de ce principe ne traduisait-elle pas une démarche d’ouverture à l’autre ?
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