Il n’aura pas échappé à certains qu’une maladie, jusqu’alors peu connue, fait le buzz actuellement sur la toile : la borréliose de Lyme. Deux camps radicalement opposés s’affrontent à travers blogs et communiqués de presse : les médecins spécialistes des maladies infectieuses d’un côté et les associations de patients de l’autre. Démêlons ensemble ce qui fait polémique. La maladie de Lyme est une infection due à des bactéries de la famille Borrelia transmises par une piqure de tique. La borréliose débute généralement par une lésion cutanée appelée érythème migrant. Il s’agit d’une rougeur qui apparait au point de piqure en quelques jours à semaines. La lésion s’élargit progressivement avec retour à la couleur normale au centre alors que les bords restent rouges. Suite à cette phase dite primaire peut survenir la phase secondaire, soit sous sa forme neurologique avec l’atteinte d’une racine nerveuse (appelée méningo-radiculite) pouvant être à l’origine d’une paralysie des muscles du visage, soit sous sa forme d’arthrite avec infection d’une ou plusieurs articulations. Des atteintes plus rares de la peau et du cœur sont également rapportées.

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La confirmation biologique se fait par sérologie, c’est-à-dire par la détection dans le sang d’anticorps développés par le patient pour lutter contre la bactérie. Le traitement repose sur des antibiotiques pris pendant deux à quatre semaines. Jusqu’ici tout le monde est à peu près d’accord. Il existe trois principaux points de controverse entre associations et sociétés savantes. Des patients, souffrant de symptômes tels que fatigue, douleurs articulaires et lombaires, maux de tête, sueurs nocturnes, oppression thoracique, troubles de la concentration, pertes de mémoire, sans connaitre l’origine de ces maux malgré de multiples explorations, sont souvent orientés par internet ou certains médecins vers une forme de la maladie appelée Lyme chronique ou « sémiologie persistante polymorphe après morsure de tique ». Ces symptômes pourraient apparaitre plusieurs mois voire années après la piqûre.La majorité des infectiologues ne reconnaît pas cette forme de Lyme, notamment en l’absence de sérologie positive. Or la bonne performance de la sérologie est remise en question par les associations qui estiment qu’un test négatif n’exclut pas la maladie. Ce désaccord aboutit à ce que les patients aillent faire des tests non validés, à l’étranger, dans des labos non agréés, et/ou en laboratoire vétérinaire. Enfin, les infectiologues estiment que seulement 10 à 20 % des malades se présentant en consultation pour suspicion de Lyme auraient véritablement la maladie. Les autres souffriraient d’une autre maladie non encore diagnostiquée, comme la sclérose en plaques ou un rhumatisme inflammatoire, ou bien ces symptômes seraient l’expression de traumatismes psychiques anciens.

Le dernier point de désaccord repose sur le traitement. En effet, certains médecins proches des associations prescrivent parfois jusqu’à 20 médicaments différents : plusieurs antibiotiques, antiparasitaires, antifongiques, antiviraux, huiles essentielles… parfois pour des durées de plusieurs mois. De telles prescriptions effraient les infectiologues, faisant craindre la survenue d’effets secondaires et l’émergence de bactéries multirésistantes.
Le débat est donc complexe et dépasse les clichés lus sur les réseaux sociaux : méchants infectiologues laissant mourir des malades par esprit corporatiste, archaïsme ou corporatisme, patients hystériques avides de pilules ou « lyme doctors » profitant de la souffrance et l’errance de patients pour faire leur beurre. Un rapport récent rendu par la Haute Autorité de Santé, qui a voulu ménager la chèvre et le chou, n’a d’ailleurs satisfait personne.
Et pour terminer, qu’en est-il de la Guyane ? Ce diagnostic n’a jamais été posé de façon formelle dans la région amazonienne. Néanmoins, certains patients de Guyane assurent avoir eu cet érythème migrant et développé les symptômes évoqués plus haut, sans voyage récent hors de la région. Des publications évoquent pourtant la présence de la maladie, la bactérie et/ou son vecteur au sud du continent, au Brésil notamment. Alors, qui a raison ? Une chose est sûre, la recherche doit aller bon train de façon à aider à séparer le bon grain de l’ivraie et permettre aux patients de recevoir les soins appropriés à leur maladie.

Texte de Loïc Epelboin, Infectiologue CH de Cayenne
Illustrations de Max Sibille