De la découverte des lacs Toponowini, Aymalayana et Kuwaihpann en passant par l’exploration des premiers sites d’orpaillages de Guyane ou des vestiges des villages datant de la genèse du peuple Wayana, l’association Alabama, acteur d’aventures depuis plus de 20 ans, a mis en œuvre des projets à buts sportif, culturel, historique et scientifique.
Août 2000, Alabama est sur le départ. Deux pirogues, quatre barques aluminium, 1000 litres d’essence, radios B.L.U, téléphone satellite et un matériel médical d’urgence ont déjà été acheminés à Taluwen, village Wayana sur les bords du fleuve Alitani (Haut-Maroni). Les anciens prennent Aimawalé Opoya à part, lui donnent quelques conseils et l’avertissent : « Le parcours sera très dangereux ». Tout le village est rassemblé au bord du fleuve pour assister au départ de nos canots. Deux jours de navigation pour atteindre les sources avant d’attaquer la marche et franchir les mythiques monts Tumuc Humac. Notre livre de chevet, « Le mendiant de l’Eldorado » de Jules Crevaux qui relate ce même parcours. Il y a 123 ans, il est le premier Européen à franchir les Tumuc Humac. Depuis ce temps aucune trace bibliographique sur la reconduction d’un tel périple.
Arrivés aux sources de l’Alitani nous défrichons une zone de posée pour hélicoptère avant de partir à pied pour une marche de 40 km et atteindre la rivière Mapaoni côté Brésil. Le relief très accidenté de cette région très peu fréquentée nous offre régulièrement des abris naturels dans la roche. Proches de ces espaces, nous observons des empilements de roches qui forment des murets comme pour retenir l’eau de pluie, d’autres empilements semblent indiquer une direction ou encore révèlent une représentation artistique. Nous sommes tous intrigués par ces vestiges. Une certaine inquiétude se lit sur le visage d’Aimawalé, notre ami Wayana. Il pénètre cette zone pour la première fois et de nombreuses histoires peu rassurantes circulent sur ces monts ; qui depuis très longtemps sont réputés inhabité. Ces légendes parlent des combats que Kailawa (le fondateur des Wayana) a dû mener ici contre des monstres aujourd’hui disparus.
Après neuf jours de marche, l’équipe constituée de douze hommes arrive enfin sur les bords de la rivière Mapaoni (affluent du grand fleuve Jari).
Nos barques aluminium empaquetées dans un filet calé sous l’hélicoptère depuis l’Alitani nous permettent d’attaquer notre descente jusqu’à l’Amazone.
Premier point d’étape, Molokopote. Quatre jours de navigation nous mènent là où Aimawalé espérait encore y retrouver des habitants issus de son clan. Dans cet ancien village vivaient ses grands-parents. Il fût abandonné dans les années 1960 après des différends sanglants avec des garimpeiros (chercheurs d’or clandestins). Des rumeurs couraient encore sur la présence de quelques familles vivant encore ici. La déception est grande. Les traces d’une installation amérindienne sont bien lointaines. Seuls trois orpailleurs sont présents sur le site. Avant notre départ, ils nous remettent des poteries amérindiennes aspirées au fond de la rivière lors de l’extraction du métal jaune.
Les 500 kilomètres sur le fleuve Jari qu’ils nous restent à parcourir pour atteindre l’Amazone vont se faire sans autre indication que les gravures et commentaires laissés par Jules Crevaux, 123 ans auparavant.
À l’aube du 15ème jour, Aimawalé et Eric Pellet (président d’Alabama) partent en reconnaissance sur le fleuve, intrigués par un bruit sourd. Quelques centaines de mètres de navigation plus tard, dans la brume matinale, le moteur frappe plusieurs roches à fleur d’eau. Éric saute sur l’une d’entre elles afin de stopper l’embarcation prise dans un courant qui s’amplifie rapidement. La brume se lève quasiment instantanément à ce moment précis. Apparaît alors une chute vertigineuse ! 25 mètres de hauteur sur environ 500 mètres de largeur. Les fameuses chutes du Désespoir, décrites il y a plus d’un siècle par Jules Crevaux. Majestueuses, elles forment un fer à cheval. Une veine principale, semblable à la gorge du diable, déverse un volume d’eau impressionnant.
Trois semaines maintenant que nous naviguons sur le Jari. Nous ne comptons plus les rapides. Les chutes de San Antonio, dernier rempart avant l’Amazone, signent la fin de cette épreuve et belle aventure. Notre arrivée dans le petit village flanqué aux pieds des chutes surprend tous les habitants. Ils n’avaient jamais vu des Guyanais débarquer chez eux par cet itinéraire.
Notre arrivée dans la ville de Macapá (à l’embouchure de l’Amazone), est l’occasion d’un cérémonial auprès du gouvernement de l’état d’Amapá. Nous remettons les poteries au représentant du service archéologique et cédons gracieusement nos canots, moteurs ou autres tronçonneuses à des associations caritatives de l’état.
Texte & Photos Gerald Egmann , Eric Pellet et Association Alabama.