Présidente de La Région Réunion depuis trois mois, Mme Huguette Bello présente l’action de son équipe dans la course mondiale contre le dérèglement climatique. Un engagement qui se fonde sur les atouts naturels de La Réunion ainsi que ses capacités d’innovation scientifiques et humaines.

Compétences de la Région : Par rapport aux compétences de la Région, quels sont vos principaux axes de travail pour réguler l’impact de l’activité humaine sur la Nature ?
Parmi les effets impactant de l’activité humaine sur la Nature, 60 % des émissions de gaz à effet de serre sont émis par les transports. La Région Réunion inscrit le développement des alternatives au tout automobile comme l’un de ses principaux enjeux pour limiter l’impact carbone.
La collectivité est pleinement engagée en faveur de la protection de la Nature, et apporte son soutien au Parc National (qui a pour vocation de protéger et de valoriser le patrimoine naturel exceptionnel de l’île), et à la Réserve naturelle marine (dont le rôle est de veiller à concilier les activités humaines et la préservation des récifs). Cheffe de file en matière de biodiversité, la Région travaille actuellement à la création d’une Agence Régionale pour la Biodiversité. Une attention toute particulière est portée aux actions de sensibilisation et aux initiatives menées par les associations et le monde scolaire.
Depuis la loi NOTRe de 2015, la Région a également la responsabilité du plan d’élimination des déchets et accorde la priorité à la valorisation du tri et du recyclage, dans une démarche plus responsable en faveur de l’économie circulaire.

Autonomie énergétique. Quels sont les atouts de La Réunion en termes d’autonomie énergétique ?
La Réunion dispose de tous les atouts pour atteindre l’autonomie énergétique : le soleil (production d’énergie solaire grâce au photovoltaïque, 4 084 centrales photovoltaïques installées fin 2020), le vent (énergie éolienne), l’eau (l’hydraulique/les énergies marines), la biomasse, le volcan (géothermie)… Une autonomie qui se dessine au travers d’un mix énergétique basé sur des avancées déjà obtenues telles que le développement de la production hydraulique, le remplacement progressif des énergies fossiles par la biomasse, l’installation de chauffe-eau solaires et de panneaux photovoltaïques sur tout le territoire… La recherche demeure également un secteur clé qui contribue à cet objectif.

Développement durable. En quoi La Réunion est-elle un modèle de développement durable ?
La Réunion est un laboratoire pour les solutions en matière de développement durable, car elle cumule sur un petit territoire les avantages des pays en voie de développement et des pays développés. Elle doit gérer les contraintes découlant de la poursuite de sa transition démographique (d’une population de 245 000 âmes en 1946, elle est passée à 860 000 aujourd’hui et atteindra le million d’habitants d’ici 2030). C’est dans ce contexte qu’elle doit penser à une croissance économique respectant les équilibres sociaux et environnementaux. Nous devons imaginer un habitat « tropical » adapté aux enjeux de la raréfaction des ressources et aux enjeux climatiques.
Enfin, la dimension culturelle occupe une place primordiale pour la Région car La Réunion offre un modèle de diversité culturelle unique au Monde dont l’unité est nourrie par sa pluralité et le savoir-vivre ensemble.

Infrastructure. Quel est votre projet global en ce qui concerne les infrastructures ?
Nous voulons inscrire les équipements structurants au cœur d’une vision globale participant à un aménagement équilibré du territoire. Dans cet esprit, nous attachons une attention particulière au développement des zones d’activités dans les quatre microrégions de l’île et dans les « Hauts ». S’agissant du réseau routier national dont nous avons la responsabilité, nous devons prendre en compte le grand chantier de la Nouvelle Route du Littoral dont l’achèvement est absolument nécessaire, avec toutefois un impact sur les marges de manœuvre de la collectivité, que nous souhaitons compatibles avec la réalisation d’autres infrastructures.

Transports. Pouvez-vous nous présenter vos actions en matière de transports en commun notamment ?
Nous voulons développer les solutions de transports alternatifs au tout-automobile. S’agissant des transports en commun, nous soutenons l’émergence des bus à haut niveau de service (BHNS) afin de créer dans le futur un mode de transport ferré en partenariat avec les EPCI dans les agglomérations, à terme à l’échelle du territoire. Nous poursuivons également le déploiement de la Voie vélo régionale (VVR) initiée à la fin des années 2000 et encourageons le covoiturage pour diminuer la circulation automobile.

Quels sont vos autres leviers pour accélérer la transition vers des modes de transport propres sans déstabiliser l’économie ?
L’émergence de nouveaux modes de transports constitue à nos yeux un levier pour le développement économique d’une part, car ils visent à réduire les impacts négatifs découlant de la saturation du parc automobile, et d’autre part, cette émergence permettra d’ouvrir de nouvelles perspectives d’emplois dans les secteurs liés aux transports en commun et aux énergies nouvelles.

Mesures d’accompagnement. Quelles sont les mesures mises en place pour accompagner la transition écologique en ce qui concerne le logement et l’agriculture ?
Ces deux secteurs ne sont pas de la compétence directe de la Région Réunion. Toutefois, nous accompagnons la réhabilitation des logements par des dispositifs visant à réduire la consommation énergétique. S’agissant de l’agriculture, nous plaidons pour les circuits courts et soutenons le secteur de l’industrie agroalimentaire afin de diminuer les importations et donc l’impact carbone.

Échéances. Qu’est-ce que vous avez prévu de résoudre au cours de ce mandat ?
Nous souhaitons que la Région Réunion retrouve sa mission fondamentale, celle de bâtir le développement durable de La Réunion au travers de ses compétences liées au secteur économique, aux déplacements, à l’aménagement équilibré du territoire dans le respect de l’environnement, et à la formation au service de la jeunesse réunionnaise et de l’avenir de notre île.

Coopération régionale. Il y a-t-il des actions menées de concert avec les autres îles de l’océan Indien ? Quelle est votre ambition en tant que Présidente de la Région Réunion ?
L’intégration de La Réunion dans son environnement géo-économique représente un enjeu stratégique majeur pour son développement. La Réunion se trouve sur l’axe d’échanges Afrique-Asie, en pleine dynamique démographique et économique. Elle doit valoriser sa position de région ultrapériphérique européenne pour trouver sa place dans ces échanges. Dans cette perspective, nous travaillons avec les acteurs privés à la mise en place d’une compagnie maritime régionale qui doit favoriser les échanges dans la zone.
Je pense notamment à Madagascar, un pays auquel vous accordez une place particulière dans votre programme. Pourquoi ? Comment ?
Pour des raisons historiques et géographiques, Madagascar est un partenaire naturel de La Réunion. Les deux territoires offrent des potentialités de complémentarités évidentes. Madagascar dispose de ressources naturelles dans tous les domaines et bénéficie d’un territoire très vaste. La Réunion possède, elle, des atouts dans le secteur de la formation et de la recherche. Nous pouvons initier avec Madagascar des partenariats gagnant – gagnant dans notamment les domaines de l’agriculture et de la pêche.

Coopération ultramarine. Avez-vous des actions communes avec les autres départements et territoires ultramarins ? Quels partages de compétences ? Quels rapprochements seraient envisageables ?
Les territoires ultramarins possèdent des caractéristiques communes et des singularités propres. En évoluant dans un environnement géo-économique différent (océan Indien, Pacifique…). Ils partagent leurs expériences dans des secteurs où ils sont confrontés à des enjeux similaires comme l’autonomie énergétique ou la sécurité alimentaire. Des axes de coopération économiques peuvent se développer sur ce plan. Nous sommes très attentifs à la stratégie de coopération « indo-pacifique » présentée récemment par l’Union européenne et qui s’appuie sur le positionnement géographique des régions ultrapériphériques.

Projet humain. Au-delà des compétences de la Région, quelle est votre vision pour l’Humanité en général et le territoire humain et géographique réunionnais ?

L’Humanité se trouve à un tournant de son Histoire avec le défi majeur du changement climatique. C’est une question de survie pour la Planète et pour l’espèce humaine alors même que nous avons déjà déploré la disparition de milliers d’espèces. La responsabilité de l’Homme est considérable, car de son action dépend la survie du vivant à l’horizon des prochains siècles. La prise de conscience de ces changements dicte à chacun le devoir d’agir en opérant les modifications dans nos modes de vie et de consommation afin de préserver les équilibres et les ressources. Sentinelles, premières impactées par le changement climatique, nous les îles, devons encore plus prendre conscience de la finitude des ressources et de l’extrême nécessité de les préserver durablement pour les générations futures.

Propos recueillis par Stephanie Marqui
Photos de Alexandre Clair, Fabrice H, Richard Bouet