Joseph Manauté est le membre du 17ème gouvernement, élu en février 2021, en charge du développement durable, de l’environnement et de la transition écologique, de la gestion et valorisation du Parc naturel de la mer de Corail, du plan d’atténuation et d’adaptation aux effets du changement climatique, de la politique de l’eau et de la transition alimentaire. Il décrit la politique de lutte contre le changement climatique développée par les précédents et l’actuel gouvernements.

Aujourd’hui quelle est la place de la lutte contre le changement climatique en Nouvelle-Calédonie ?
La lutte contre le changement climatique en Nouvelle-Calédonie repose actuellement sur les politiques arrêtées par les précédents gouvernements. La Nouvelle-Calédonie contribue à son humble niveau, archipel de 18 000 km² et de 270 000 habitants, avec des mesures d’incitations fiscales à l’équipement d’électroménager à forte efficacité énergétique, à l’installation de fermes photovoltaïques de faible (kWh) à forte (mWh) nuisance, à l’installation de chauffe-eau solaires, à des travaux d’isolation thermiques… donc axées sur des réductions de consommation d’électricité dans les foyers et dans les secteurs industriels essentiellement. L’énergie électrique desservant les foyers comme les secteurs de la métallurgie est produite essentiellement par des unités consommant soit du fuel, soit du charbon. L’axe qui sera développé à l’avenir est justement basé sur une transition de la production électrique vers une plus grande part de renouvelable, vers des carburants qui contribuent moins aux émissions de gaz à effets de serre, notamment dans les moyens de transport individuels, en communs et industriels. Le travail entrepris sur la nécessité de changer nos comportements de consommation de l’énergie électrique porte ses fruits, mais reste timoré.

Quelles actions en faveur de la lutte contre le changement climatique ou de l’adaptation sont portées par le nouveau gouvernement ?
Plongé dans une crise sanitaire sans précédent qu’il est de sa responsabilité de gérer dans les contextes d’insularité et politique de l’archipel, le 17ème gouvernement collégial n’a pas encore arrêté sa politique en matière de lutte contre le changement climatique ni en matière d’adaptation à ce changement. Toutefois, le sujet est tellement sensible, comme celui des transitions écologiques et alimentaires, qu’il est important de préciser que c’est la première fois depuis que notre pays est doté d’un gouvernement local, la première fois en deux décennies d’Accords de Nouméa, qu’il est porté par l’un des onze membres du gouvernement de manière spécifique.
Sans pouvoir dévoiler ces politiques que le président Louis Mapou [élu le 8 juillet 2021] annoncera lors de son discours de politique générale, il s’agira de conduire notre archipel isolé, quelle que soit l’issue de la 3ème consultation sur l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté, à une plus grande souveraineté alimentaire et à une meilleure résilience face aux changements climatiques, en anticipant les effets primordiaux pour mieux s’y adapter. Pour l’heure, la Nouvelle-Calédonie a créé des outils stratégiques visant à contribuer à réduire les effets du changement climatique, notamment en mettant en œuvre un schéma de la transition énergétique avec un axe visant la réduction des gaz à effets de serre. La perspective est de se doter d’une stratégie pour la Transition Ecologique intégrant un plan d’adaptation au changement climatique, au-delà de l’unique objectif de réduction des gaz à effets de serre.

Adaptation. Les effets du changement climatique sont de plus en plus visibles. Comment la Nouvelle-Calédonie peut-elle s’adapter ?
Avec les différents programmes de mesures climatologiques réalisés par le service de Météorologie de Nouvelle-Calédonie, et du trait de côte menés par l’Observatoire du littoral de Nouvelle-Calédonie (Dimenc), la Nouvelle-Calédonie est d’ores et déjà confrontée à des événements climatiques de la zone intertropicale qui sont plus intenses : des sécheresses plus marquées et des périodes humides aussi plus intenses. Enfin, les traits de côte sur la côte Nord-Est ainsi qu’aux Loyauté régressent.
Si le sujet de l’adaptation aux changements climatiques n’était pas inscrit dans l’agenda du 16ème gouvernement, il est partie intégrante, un secteur à part entière du 17ème gouvernement. Ce secteur m’a été confié, et j’ai la volonté de proposer que la Nouvelle-Calédonie soit dotée d’un plan d’actions pour l’adaptation aux changements climatiques avant la fin de mon mandat. Il s’agira notamment de lancer le débat sur le déplacement de certaines populations les plus sensibles.

Gros émetteurs de carbone. Selon la dernière étude du Global carbon budget sur les émissions de CO2 au niveau mondial, la Nouvelle-Calédonie est classée parmi les plus gros émetteurs de carbone par habitant avec 29 tonnes de CO2 par habitant en 2019 et les émissions n’ont cessé d’augmenter ces dix dernières années. Alors que le Schéma pour la transition énergétique de la Nouvelle-Calédonie engage pourtant le territoire dans une optique de réduction des émissions de gaz à effet de serre, comment expliquez-vous cette augmentation et cette place dans le classement ?
Le Schéma pour la transition énergétique de la Nouvelle-Calédonie (Stenc) 2016-2021 visait des objectifs à 2030 tels que la maîtrise de la consommation d’énergie, l’augmentation de la part du renouvelable et la réduction de gaz à effets de serre. En 2020, force est de constater que les résultats sont à la hauteur des efforts engagés par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie depuis 2016 avec 25 fermes photovoltaïques au sol autorisées pour une puissance totale de 144 MW sur cette période, plus de 4 500 installations d’autoconsommation autorisées ces dernières années pour une puissance globale installée de 47 MW, la perspective de voir la distribution publique d’énergie électrique [qui représente environ un quart de la consommation totale du territoire] devenir autonome dès 2024, alors que le Stenc prévoyait d’atteindre cet objectif en 2030.
En juin de cette année a été initiée la révision de ce Schéma qui sera portée à la consultation du public. Parmi les nouveaux objectifs qui seront proposés, on y trouve, toujours à l’horizon 2030, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment de CO2, portées à -70 % comparativement à 2019, année de référence ; une ambition de 18 000 véhicules électriques en circulation ; mais également le verdissement des secteurs de la sidérurgie du nickel et de la mine. En effet, ce sont ces activités les plus grosses consommatrices de carburants fossiles, aussi c’est sur ce secteur d’activité économique essentiel que l’effort sera porté.

Vœux, souci et préoccupation. En décembre 2019, la proposition de vœu relatif à la déclaration de l’état d’urgence climatique et environnemental a été votée au Congrès. Aujourd’hui, quelles sont les conséquences de cette déclaration ?
Le vœu relatif à la déclaration de l’état d’urgence climatique et environnementale a été percuté par l’urgence sanitaire imposée par la gestion de la Covid en Nouvelle-Calédonie. Cependant, ce vœu, pris à l’unanimité des membres du Congrès, traduit le souci, la préoccupation, la prise de conscience transpartisane de cette urgence. Aussi, il est le motif impérieux qui anime le gouvernement dans la révision du Stenc. En outre, il sera le tuteur pour la liane de l’igname de la prochaine déclaration de politique générale du 17ème gouvernement.

Texte de Sylvie Nadin
Photos de Théo Rouby