Quentin Chantrel, machiniste

«   Au service de la caméra et des électriciens . » Voilà comment Quentin Chantrel définit son travail. Le jeune homme de 29 ans a été machiniste lors du tournage de la seconde saison de la série Guyane. Un poste qu’il occupait déjà pour le tournage de la première saison, après avoir fait ses premières armes pour des projets publicitaires localement. Si des formations au métier existent, lui s’est fait la main sur le terrain.

Son job, principalement dédié à la sécurisation liée à la caméra, tourne autour de plusieurs axes. « D’abord, cela concerne tout ce qui est mouvement de caméra : travelling, grue…, détaille-t-il. Je dois aussi m’occuper des accroches et des fixations. Ça peut être simplement à l’aide d’un pied, mais ça peut être plus compliqué s’il faut surélever ou déporter l’axe de la caméra : à 6 mètres de haut pour un plan topshot — une vue du dessus — la placer au-dessus de l’eau, l’installer sur une voiture… Chaque accroche est alors une invention ! » Autre aspect du travail de machiniste : travailler, en collaboration avec l’équipe électrique, à la sécurisation générale et à celle du plateau.
La sécurité étant le maître mot, les qualités d’un bon machiniste y sont liées. « Il faut tendre l’oreille, être réactif, débrouillard et inventif. » Travailler sur la série Guyane, a permis à Quentin de « développer (ses) connaissances, parce qu’on travaillait avec des gens expérimentés et avec du matériel dont on ne dispose pas en Guyane .»

Aujourd’hui, ses projets sont multiples. Toujours dans le cinéma, avec la réalisation d’un court métrage, mais aussi dans la photo. Avec la photographe Léa Magnien, il forme le collectif Lova Lova qui va exposer sous peu, dans l’Hexagone et en Allemagne, les Cartes postales de Guyane réalisées par elle.

Wandy Joseph et Abel Niaussat, éclairagistes

Ce sont ceux par qui la lumière arrive. Pour faire partie de l’équipe constituée de 4 personnes chargées de l’énergie sur les plateaux et les scènes, Abel et Wandy ont emprunté des chemins différents. « Mon pote, Kensay, a eu besoin d’un coup de main pour la réalisation d’un clip de Jahyanai en 2011. J’ai aimé le fait d’inventer un monde, de créer des émotions, de faire rire, pleurer… » Avec Madras prod, Abel va travailler sur des clips, des films institutionnels. Une formation sur le terrain, qu’il va poursuivre pour des courts métrages et les séries Guyane et Maroni. Un joli souvenir ? Être passé face caméra pour le court métrage Mirelande, de Philippe Passon. « Pas déplaisant, mais bizarre. » Son avenir, il le voit comme chef opérateur ou directeur photo. « J’aimerais être plus calé en caméra, ajoute-t-il, quitte à partir pour me former. »

Wandy, lui, est arrivé à la lumière par le son. « J’étais DJ à RFO. Je suis parti suivre une formation pour être technicien son, lumière et vidéo à Paris. Ce qui m’intéressait, c’était le son, mais je suis tombé dans la lumière ! » Durant ses 9 mois de formation, il cumule les stages. « Ça pouvait être pour câbler des vitrines, pour des concerts, dans des théâtres… Pour les pianos-bars, c’était pratique parce que je pouvais faire le son et la lumière. » Il travaille ensuite pour le théâtre, mais aussi comme magasinier. « Je devais préparer du matériel électrique pour le cinéma. C’est là que Muriel Thierrin est venue me chercher, en 2008, pour le film 600 kilos d’or pur. Parce qu’en tant que Guyanais, je connais le terrain et c’est important pour un tournage. » En 10 ans, Wandy enchaîne les projets : la série Guyane, Madame Cléante n’ira pas au cimetière, Mirelande et L’Histoire des lions, côté courts, et deux clips « par amitié » pour le chanteur Warren. Il a, par ailleurs participé à un tournage pour France Ô : Amours, locks et secrets.

Un bon éclairagiste doit être « sociable, patient et organisé » résument Abel et Wandy. « Il faut surtout aimer son métier, pour être dans le cinéma, ajoute ce dernier. Il faut parfois être dans la boue pour tirer ses câbles, il y a pas mal de galères à gérer, on doit protéger les projecteurs de la pluie… En fait, il faut être très à l’écoute de tout ce qui se passe autour. » Comme Abel, Wandy s’imagine chef opérateur plus tard. « Ou chef électro. Mais il me faut avoir un peu plus d’expérience. »

Adrien Valet, caméraman

C’est un stage, réalisé sur un long métrage, alors qu’il faisait un BTS audiovisuel à Paris, qui l’a amené à travailler pour le cinéma. Depuis, revenu en Guyane après ses études, Adrien Valet a surtout travaillé pour la télévision. « Au cinéma, il faut attendre longtemps avant d’espérer devenir cadreur. La télévision offre l’opportunité de choisir ses cadres, de porter soi-même la caméra… »

Néanmoins, le jeune homme ne boude pas son plaisir lorsque des projets purement ciné sont développés chez nous. Il a mis le pied à l’étrier avec la série Maroni. Là, comme pour la saison 2 de Guyane, il a occupé le poste de troisième assistant caméra. « À ce poste, on s’occupe du retour vidéo, explique-t-il. On doit transmettre tout ce qui est filmé aux différentes équipes : les réalisateurs, les scriptes, les opérateurs son, les costumières, les chefs opérateurs… »
Ce qui lui plaît ? « La rigueur de chacune des équipes », mais aussi le fait d’avoir pu toucher à du matériel professionnel qui « donne tout de suite une idée du rendu final ». Comme pour les autres métiers du cinéma, Adrien estime qu’il faut avant tout être « très réactif » pour être un bon troisième assistant caméra. Et encore plus pour un tournage en Guyane. « On peut, par exemple, avoir des problèmes de transmission à cause de la forêt qui est une barrière naturelle. »

Selon le jeune homme, il y a de plus en plus de compétences localement, mais pas à tous les postes, notamment ceux de chefs opérateurs. À ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure, il a un conseil : partir se former avant de revenir, afin de toucher à différents types de matériel. « Pour développer les tournages en Guyane, il faudrait aussi répertorier les décors en faisant de gros repérages et préparer la logistique afin de pouvoir “ se vendre ” et attirer des producteurs », estime-t-il.

Serge Fernandez et Carla Evans , décorateurs

Serge Fernandez et Carla Evans ont fait partie des équipes décoration de toutes les grosses productions cinématographiques en Guyane. Ou presque. Pour la saison 2 de Guyane, Carla a endossé le rôle de seconde assistante-décoratrice et Serge, celui de chef décorateur. Deux fonctions qui les ont amenés à travailler lors du tournage, mais aussi en amont. « Tout vient du scénario, résume Carla. Il nous donne l’époque, le lieu géographique, mais aussi la psychologie des personnages. Tous ces éléments permettent d’identifier le style de décoration. Le ton qu’on va donner vient du réalisateur. » Après, à charge pour elle de trouver les objets, en collaboration avec l’ensemblière, qui vont contribuer à donner vie à l’histoire.

S’il existe aujourd’hui des formations spécialisées dans la décoration de cinéma, c’est sur le terrain que cette ancienne des Beaux-Arts a appris le métier, au fil des rencontres qui l’ont menée au cinéma. C’est ce même hasard qui a lié Serge Fernandez au cinéma. Après avoir baroudé en Asie, puis en Amérique du Sud, ce naturaliste, passionné d’entomologie, a posé ses valises en Guyane. Installé à Régina, il s’intéresse à la construction de carbets. Aujourd’hui, il est spécialisé en construction de carbets en sites isolés et difficiles d’accès. C’est ce talent qui lui vaut de travailler sur son premier tournage : Le Vieux qui lisait des romans d’amour en 2000. Depuis, il a enchaîné les projets ciné, en appréciant chaque étape du travail de chef décorateur : les repérages, en se basant sur les explications du réalisateur, les premières propositions, l’adaptation aux demandes de la mise en scène. « J’aime le côté éphémère des décors et l’émulation qu’il peut y avoir à chaque nouveau projet, glisse le décorateur. Il y a une véritable énergie entre toutes les personnes pour créer un projet dans un temps limité. Et puis c’est très plaisant de faire des choses qu’on n’aurait jamais eu à faire autrement : par exemple construire un tukusipan ou recréer un village tout entier. »

Léa Magnien et Debbie Othilly
Habilleuses

Léa et Debbie, ce sont deux talents qui se sont trouvés. Léa, également photographe, a une formation de costumière. Debbie, une de graphiste. Toutes deux ont été embauchées pour rejoindre l’équipe dédiée aux costumes dès la première saison de la série Guyane. Si Léa, par ses études, avait déjà eu des expériences dans le cinéma, Debbie, elle, a tout appris sur le tas. « La costumière choisit les costumes, définit pour quelle séquence le comédien porte telle ou telle tenue. Elle réunit ces informations dans un document appelé le “dépouillement”. À partir de ça, nous habillons les comédiens. » En charge de la préparation, du stockage et de l’entretien des costumes, les habilleuses doivent rester vigilantes lors des tournages. « Tout doit être raccord, précise Léa. Si lors d’une scène un comédien a trois boutons ouverts à sa chemise, un bracelet au poignet droit, on doit veiller à ce que ce soit la même chose lorsqu’on reprend une séquence qui se passe le même jour dans le film, mais que l’on tournera trois semaines plus tard. Pareil pour les patines : salissures, usure du tissu, sueur… »

Si elles suivent les directives, les habilleuses ont une marge de liberté pour vêtir les figurants, avec la validation de la costumière. Un aspect créatif que Debbie et Léa affectionnent particulièrement. « Pour ça, on doit être très observatrices et faire attention à la façon dont les vrais gens s’habillent pour conseiller notre chef », note Léa. « Il faut aussi être rapide, rigoureux, logique et surtout débrouillard pour trouver des solutions dans l’urgence » renchérit Debbie.
Par la suite, les deux jeunes femmes aimeraient être costumières, pour faire d’avantage « parler leur créativité » et avoir leur mot à dire sur les costumes qui contribuent clairement à la mise en scène d’un film. Elles ont, par ailleurs, récemment mis en place un petit stock de costumes qui s’avèrera utile pour les prochains tournages locaux. A plus long terme, Léa et Debby espèrent, par le biais du collectif Lova Lova, ouvrir en Guyane un lieu culturel « où exposer, donner des concerts, faire la fête. »

 

Réjane Gay et Marc Barrat, Directeurs de casting

Trouver les tronches, dénicher des talents, voilà un des aspects du travail des directeurs de casting. Tout commence par la lecture scénario, envoyé par la production. « Avec les scénarii, on procède à un dépouillement pour lister les rôles et dresser les portraits physiques et psychologiques des personnages », indique Réjane Gay. « Nous collaborons également avec le réalisateur qui peut avoir une idée précise des personnages qu’il a envie d’animer. »
Directeurs de casting, localement, pour la saison 2 de Guyane, Marc Barrat et Réjane Gay ont été assistés de Marvin Yamb. Là, comme pour leurs précédents tournages, ils ont commencé à prospecter dans leurs réseaux. « Ça peut être les associations de théâtre, la direction des affaires culturelles, nos connaissances respectives… » détaille Marc.
Les figurants sont identifiés grâce à des castings sauvages. Pour les rôles, cela est souvent plus complexe. « Nous devions trouver un comédien pour incarner un comptable brésilien, se souvient Réjane. J’ai réfléchi aux caractéristiques de ce rôle ; je me suis dit que je trouverais peut-être le comédien dans une bijouterie. Et ça a marché ! »
Une fois castés, les candidats sont auditionnés face caméra. « Les 3/4 des personnes ne sont pas des comédiens. Parfois, on est agréablement surpris, mais on est plus souvent déçus », reconnaît Marc. Si les essais sont concluants, ils sont envoyés au réalisateur. L’acteur est ensuite rappelé pour un nouvel essai en sa présence. C’est le réalisateur et le diffuseur qui auront le dernier mot.

Pour le duo, être directeur de casting est un défi. « Il y a une part psychologique et sociologique que je trouve intéressante, souligne Marc. « Tu déniches une personne, tu mises sur elle, tu dois aussi parfois la convaincre, lui donner envie d’interpréter le personnage. » Parfois, le succès dépasse toutes les espérances : on l’a vu pour la première saison de Guyane. Et à entendre Marc et Réjane, il y aura, de nouveau, de belles surprises sur la saison 2.

Olivier Sagne, Assistant Réalisateur

«Silence, moteur demandé ! Ça tourne ! » Ces ordres, lancés haut et fort, émanent du premier assistant-réalisateur. Un poste qu’a occupé Olivier Sagne pour quelques épisodes de la série Guyane. Le job demande une endurance physique et psychique à toute épreuve, mais aussi de l’organisation, de la rigueur et de la réactivité. « Le premier assistant, c’est le bras droit du réalisateur, explique le jeune homme. Il intervient très tôt dans la préparation d’un film. Il établit à partir du scénario un plan de travail qui doit prendre en compte des contraintes aussi variées que les disponibilités des comédiens, des décors, les moyens de production, les saisons. Sur le plateau, il est en relation avec l’ensemble des départements pour veiller au bon déroulement du tournage. »
Diplômé de l’Esra, à Paris, Oliver a mis le pied dans l’univers audiovisuel au lycée. « Quand j’étais à F. éboué, à Cayenne, la proviseur, Monique Boisfer, m’a mis en relation avec un producteur, Jean-Bernard Valcy, qui préparait un documentaire sur des bacheliers. Le projet n’a finalement pas vu le jour mais Jean-Bernard m’a embauché très tôt sur de nombreuses publicités et films institutionnels. » En 2008, le réalisateur Marc Barrat lui offre la place de troisième assistant-réalisateur pour Orpailleur. Par la suite, il intègre l’équipe de 600 kilos d’or pur d’Éric Besnard, avant celle de La Vie pure de Jérémy Banster.
Partageant sa vie entre Paris et la Guyane, Olivier travaille sur des publicités, des clips ou des courts métrages. L’an dernier, il a intégré, durant quelques jours, l’équipe de tournage du dernier Mission Impossible.
Dans ce métier, pas de routine. Un avantage, mais aussi un inconvénient. « Je suis incapable de dire ce que je ferai dans six mois. Mais j’espère toujours que ce sera en Guyane. C’est une terre de cinéma. Il suffit de feuilleter vos magazines pour y voir les paysages et les histoires passionnantes qu’elle renferme. Nous avons des atouts et un potentiel énorme. Le cinéma et la télévision sont des industries qui peuvent doper l’économie, l’emploi, la culture et le tourisme. »

Pierre-Olivier Pradinaud, producteur exécutif

Connaître les métiers, et les besoins, de chaque membre de l’équipe de tournage, avoir l’œil sur tout, anticiper les attentes, coordonner. Voilà quelques-uns des aspects du travail de producteur exécutif. Un rôle endossé par Pierre-Olivier Pradinaud, 36 ans, pour la série Maroni et la saison 2 de Guyane. « Le producteur exécutif met en place le projet en relation avec le producteur et le directeur de production en s’appuyant sur son réseau local », avance-t-il en guise d’introduction.

Ce travail de gestion démarre bien avant le tournage. Car c’est le producteur exécutif qui lance les repérages, prépare la venue des équipes, trouve les locaux qui seront utilisés pour les ateliers décoration, les bureaux de production… Durant le tournage, il s’assure de l’avancée du projet, règle des problèmes, est aux petits soins avec les équipes et négocie au mieux les prix avec les prestataires.
Outre cette casquette de producteur exécutif, Pierre-Olivier Pradinaud, Pop pour les intimes, est aussi réalisateur. Il est également l’un des membres fondateurs de la G-Cam, qui regroupe les professionnels locaux, et est à la tête de la société de production Tic-Tac production, avec laquelle il a monté le projet Oyaroni, fabuleux coup de projecteur sur des talents guyanais. Formé à l’Esra, école supérieure de réalisation audiovisuelle, il a choisi de rentrer au péyi. « J’avais envie de raconter la Guyane » S’il y a eu, ces dernières années, une émulation au niveau audiovisuel, il y a encore beaucoup de talents à trouver. « On a besoin de scénaristes, d’auteurs, énumère Pop. Mais aussi de producteurs ! Plus on sera nombreux, plus les projets auront des chances d’aboutir. » Aujourd’hui, il a envie de se remettre un peu plus à la réalisation et surtout d’explorer une autre piste de travail: l’écriture, base de tout projet.

Fabien Levessier, régisseur adjoint

« Un challenge technique, un challenge humain. » Voilà ce que représente le fait de travailler dans le monde audiovisuel, pour Fabien Levessier. Et les huit tournages auxquels a participé le jeune homme qui se définit comme « un compétiteur dans l’âme » ne l’ont pas fait changer d’avis.
« Le département “régie” gère la vie du tournage, explique-t-il. C’est lui qui doit gérer et coordonner les mouvements et gérer les problèmes techniques de chaque département. Que ce soit l’équipe lumière qui a besoin d’ampoules ou la maquilleuse qui a besoin de rouge à lèvres. On est aussi en charge des moyens de transport des équipes, de leur nourriture, de leur hébergement. »

Par ailleurs chef d’entreprise, Fabien Levessier a mis le pied dans le cinéma avec le film 600 Kilos d’or pur. « J’étais dans la construction des décors, spécialisé en serrurerie. »
Dès lors, il a accompagné plusieurs tournages pour la télévision dans le département : pour les chaînes locales, mais aussi pour France 3, France 5, Voyage, BFM TV, Planète, Discovery Channel et pour les émissions Archipels, Des racines et des ailes, Thalassa… De ces moments, il a gardé des souvenirs impérissables. « Je me souviens d’un décor compliqué. J’ai dû réhabiliter 2 kilomètres sur la piste Coralie. Il a fallu plusieurs semaines de préparation pour aboutir au tournage. Et ce lever de soleil sur la canopée était magnifique. J’ai beau être un local, même moi je reste en extase devant ça. C’est une petite satisfaction personnelle de se dire que c’est aussi un peu grâce à moi qu’on a pu filmer ça.»

Pour être un bon régisseur adjoint, selon Fabien, il faut être « perspicace et motivé parce que c’est dur, mais aussi avoir un très bon réseau afin de trouver rapidement des solutions. Et toujours prévoir plusieurs solutions de secours : sur un tournage, il faut envisager le meilleur, mais aussi prévoir le pire ! »

Audrey Virassamy

Photos Jody Amiet