COMMUNIQUE DE PRESSE du mouvement citoyen

contre l’utilisation du Malathion en Guyane

Au moment où nous venons de franchir la barre des 1000 signataires, nous tenons tout d’abord à saluer les initiatives réelles de l’Etat et du Conseil Général de Guyane dans la lutte anti-vectorielle menée en Guyane. Depuis plusieurs années, des actions visant soit à endiguer soit à limiter les épidémies de dengue sont mises en œuvre. Aujourd’hui, les autorités sont face non plus à la dengue mais au chikungunya. Le développement de ce virus constitue un sujet de santé publique dont nous prenons toute la mesure et pour lequel nous devons tous nous mobiliser. Devant la dérogation attribuée par l’Etat pour utiliser le Malathion en Guyane (insecticide neurotoxique interdit en France et en Europe), nous avons souhaité alerté la population et les pouvoirs publics en lançant une pétition sur internet. 5 jours après ce lancement, plus de 1000 personnes ont répondu présentes, soulignant les fortes craintes à l’encontre de l’utilisation de ce produit. Nous souhaitons élargir le débat, et remettons en cause cette décision imposée, prise sans concertation ni information.

Plusieurs réactions sont venues alimenter le sujet depuis et nous tenions à apporter quelques éléments qui nous paraissent important dans ce débat.

 Signez la pétition: 

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Collectivites_de_Guyane_Ministere_de_la_Sante_Ministere_de_lEcologie_Interdiction_dun_insecticide_toxique_le_Malathion_e/?nmFkiib

Connectez vous sur la page Facebook:

https://www.facebook.com/pages/Non-au-Malathion-en-Guyane/598769866906854?fref=ts

 

La deltaméthrine, insecticide rendue inefficace par une absence de gestion de la lutte antivectorielle à moyen terme

La deltaméthrine, insecticide habituellement utilisée pour lutter contre la dengue, est devenu inefficace contre le moustique en question (Aedes Aegypti) qui à force de traitement a développé une résistance. Quelle solution nous propose-t-on ? Quelle leçon tire-t-on de cette expérience ? L’utilisation d’un autre insecticide, le Malathion, qui n’est pas plus toxique selon les autorités, mais ces mêmes autorités oublient de dire que c’est un insecticide neurotoxique se dégrade dans l’environnement en Malaoxon, 60 fois plus toxique ! La course est donc lancée, l’escalade d’une solution qui ne visiblement ne fonctionne pas est amplifiée, la deltaméthrine n’est plus efficace, passons à la dose supérieure, à un produit plus fort. Vers où ira-t-on ainsi, sachant qu’une partie des moustiques guyanais sont déjà résistants au malathion ?

Après plusieurs années de traitements contre les moustiques (et accessoirement contre nos poumons), nous estimons que la population est en droit de connaître les effets et les impacts (positifs ou négatifs) des années de traitement successifs réalisés par pulvérisation contre la dengue : bilan sanitaire concernant la population et l’environnement. Ces traitements, selon les autorités, relèvent des mêmes préconisations que pour l’utilisation du malathion. Des suivis à court et long terme ont donc sans aucun doute été menés pour évaluer l’impact sur la santé humaine, sur l’environnement, et sur les moustiques (quelle est la part de responsabilité du deltaméthrine dans la diminution des épidémies de dengue par exemple).

  • Face à ce constat, nous demandons que ces documents soient rendus publics sans délais.

  Rapport de l'ANSES sur le Malathion (415,2 Ko, 537 hits)

Le malathion, prendre un « risque acceptable »… mais pour qui ?

L’Etat et le Conseil Général, nous proposent donc de tester le malathion pour remplacer le Deltaméthrine.

Nous rappelons que :

 

- Le malathion est bien interdit en France. « L’avis de retrait du malathion (JO du 4 septembre 2007) précise bien que  »le ministre de l’agriculture et de la pêche décide du retrait des autorisations de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques contenant au moins une des substances carbaryl, trichlorfon, oxydemethon methyl, thiodicarbe, fenithrothion, dichlorvos, malathion ou diazinon pour tous les usages agricoles et non agricoles. » » Source : http://www.arretsurimages.net/forum/read.php?3,1388884,1388884#msg-1388884

 

 

- Selon le « Premier bilan sur les impacts des traitements anti-moustiques, dans le cadre de la lutte contre le chikungunya, sur les espèces et les milieux de l’île de la Réunion (juin 2006) : « Les pesticides, dont les formulations sont mises sur le marché après évaluation des risques pour les écosystèmes dans des conditions climatiques et d’usages métropolitains, ne font que très rarement l’objet d’évaluation pour les écosystèmes tropicaux dans des conditions climatiques représentatives de ces milieux ». Autrement dit, nous ne connaissons pas le comportement et l’évolution chimique de ce produit en Guyane !

  • Face à cette absence de connaissance de l’évolution du malathion sous un climat tropical, nous demandons l’interdiction du malathion et la mise en œuvre d’une évaluation pour les écosystèmes tropicaux, préalable indispensable à toutes démarches de dérogations.

 

 

- L’OMS autorise l’utilisation du malathion. Pourquoi ce fait est-il repris sans cesse par les autorités ? Sans doute parce que c’est un des seuls arguments qui va en sa faveur. Pourtant, l’OMS a été celle qui a promu l’utilisation massive du DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) contre le paludisme. On connaît aujourd’hui les effets dévastateurs du DDT sur l’environnement !

- Les Antilles, qui ont traversé une épidémie de Chikungunya, n’ont pas eu droit à expérimenter ce produit.

  • Nous demandons quelles en sont les raisons ?

 

- La population guyanaise n’a pas été informée ni consultée alors qu’elle est en première ligne des impacts potentiels de ce produit et qu’elle manifeste un profond désaccord (sondage de France Guyane : 70 ? % des opinions étaient contre). Cette information de la population concernant des actions impactants l’environnement est inscrite dans la Charte de l’Environnement, adossée à la Constitution française.

  • Face à ce non respect de ce principe constitutionnel, nous demandons la suspension de la dérogation accordée pour l’utilisation du malathion.

 

- Le Malathion a été utilisé en Guyane par dérogation (en 2009 ou jusqu’en 2009 selon les sources) et qu’à ce titre, nous demandons d’avoir accès aux résultats des suivis sanitaires qui ont du obligatoirement être mis en place conformément aux préconisations. Cette utilisation (quelles années exactement) nous pousse également à nous interroger sur la résistance d’une partie des moustiques. Une seule année (voire quelques années) de traitement semble avoir déjà développé une résistance chez ces moustiques ? Dans ce cas, la poursuite du traitement avec ce produit semble voué à l’échec dans une stratégie de lutte antivectorielle.

  • Face à ces interrogations et à ce constat, nous demandons des éclaircissements sur ce point et la publication des suivis sanitaires et environnementaux mis en place en Guyane.

 

 

- Comment les autorités seraient-elles en mesure d’évaluer l’efficacité réelle de l’utilisation de cet insecticide ? La saison sèche n’est-elle pas aussi par exemple un facteur naturel de diminution de l’épidémie ? A qui pourrait-on imputer une baisse de l’épidémie ?

  • Nous demandons les protocoles utilisés dans les campagnes précédentes et ceux prévus pour cette campagne pour évaluer l’impact réel du malathion sur l’épidémie.

- Selon l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation), dans un avis rendu le 18 mars 2014 : « Au regard du manque d’informations sur les expositions au malathion (…) lors d’application par nébulisation à froid sur véhicule et par atomiseurs à dos, les risques ne peuvent pas être écartés pour les opérateurs malgré le port d’EPI (gants, masque, combinaison) ». Pour les habitants, l’ANSES est également prudente. Si vous ne marchez que cinq minutes près d’un champ en train d’être traité, l’exposition est faible. En revanche, pour « une personne présente dans la rue ou dans sa maison avec fenêtres et portes ouvertes » à proximité d’un espace en train d’être traité, l’ANSES écrit qu’il « ne peut être démontré une absence de risque pour les résidents dans la zone traitée avec du Malathion ».

  • Face à la reconnaissance officielle d’un risque pour les applicateurs et la population, nous demandons naturellement l’application du principe de précaution et l’interdiction du malathion.

 

- Selon l’avis du Haut Conseil de la Santé Publique, l’objectif prioritaire n’est pas de stopper l’épidémie mais de retarder l’explosion épidémique en Guyane afin de préparer le dispositif de santé à faire face. En d’autres termes, à cause d’une offre de soins hospitaliers et ambulatoires sous-dimensionnées, les autorités cherchent à gagner du temps, au mépris des impacts sur la santé humaine et sur l’environnement. « Cette stratégie n’a toutefois de sens que si les autorités sanitaires en tirent profit pour améliorer l’offre de soins et assurer la disponibilité des médicaments et lits qui, en tout état de cause, risquent in fine d’être nécessaires. »  Il reconnaisse donc à demi-mots que les traitements ne seront pas efficaces et que l’épidémie surviendra. Faut-il donc s’empoisonner en plus ? Est-ce que si une personne se retrouverait intoxiquée suite à une pulvérisation, il serait possible de poursuivre les autorités décisionnaires pour empoisonnement ? La question ne mérite pas encore d’être posée

Le HCSP poursuit :

« Un contrôle des expositions des applicateurs doit être réalisé sur un échantillon représentatif des agents de LAV (application en véhicule et à pied) en lien avec le centre hospitalier de Cayenne. Ce biomonitoring recherchera la cholinestérase, un marqueur d’effet. La médecine du travail compétente veillera à assurer un suivi médical des travailleurs. En fonction des résultats de la biosurveillance des applicateurs suite à l’utilisation du malathion, il pourra être nécessaire de s’intéresser aux expositions de la population, notamment en phase épidémique et que les aspersions de malathion devaient s’intensifier. »

  • Face aux risques pour la santé des applicateurs et de la population, nous demandons l’interdiction du malathion.

 

Un peu plus loin : « Les habitants des communes ou quartiers où est prévue la pulvérisation sont informés par tout moyen approprié (radio, presse, agents municipaux …), 24 h en avance, afin de les inviter à ne pas rester dehors et à fermer les portes et fenêtres ou volets lors des opérations de pulvérisation et dans l’heure suivante. Les véhicules utilisés pour l’épandage extérieur arriveront sur place en ayant activé un signal sonore clairement identifiable. »

Question : comment faisons-nous pour les habitations créoles en particulier (par de fenêtres) et les habitations guyanaises en général (souvent dépourvues de fenêtres) puisque privilégiant l’aération naturelle. Est-ce que seules les maisons climatisées pourront se protéger lors de la pulvérisation ? Il est également demandé aux propriétaires de piscine de les bacher. Tous en ont-ils les moyens et la possibilité ? Rappelons ici que la malathion se dégrade rapidement en malaoxon avec le chlore. Autant dire que boire la tasse ne sera plus anodin !

  • Face à l’impossibilité de se calfeutrer systématiquement chez soi et aux inégalités de moyen de protection qui sont soulevés, nous demandons l’interdiction du malathion.

Source : http://www.hcsp.fr/Explore.cgi/Telecharger?NomFichier=hcspa20140509_mesgestutildermalathionGuyane.pdf.

 

- le Directeur de l’ARS (Agence Régionale de la Santé), lors d’une interview télévisé affirme, concernant les effets toxiques du malathion : « Ce sont des effets toxiques à long terme, il n’y a pas de réaction immédiate, mais on n’a très peu d’études au niveau international ». Et à la question de la journaliste inquiète : « On ne sait pas en fait ? » M. Meurin bafouille et botte en touche « les mesures de précautions seront prises… etc… ». Comment ne pas avoir la sensation que l’on joue aux apprentis sorciers, à notre place et à notre dépend.

  • Face aux approximations du Directeur de l’ARS vis-à-vis des effets toxiques sur la population, de nature à ajouter à la crainte le doute, nous demandons l’interdiction du malathion.

 

- Selon le récent rapport de l’Institut Pasteur (28 mai 2014) l’usage du malathion sur des populations de moustiques présentant déjà une résistance risque de conduire à une sélection rapide du ou des mécanismes de résistance en présence. Aussi, dans le cas où le malathion serait amené à être utilisé en Guyane, son usage ne devra être préconisé que sur la durée la plus courte jugée nécessaire au regard de la situation épidémiologique ; d’autre part, les populations d’Aedes aegypti de Guyane étant déjà résistantes à cet insecticide, les pulvérisations spatiales de malathion risquent de n’avoir qu’un impact limité sur le terrain. Aussi, dans le cas où le malathion serait amené à être utilisé en Guyane, il sera indispensable de vérifier l’efficacité réelle des formulations retenues et de leurs méthodes d’application en conditions opérationnelles. Enfin, il est important de rappeler qu’une lutte efficace contre Aedes aegypti doit, dans le contexte de la Guyane, avant tout cibler les stades larvaires, en privilégiant la destruction physique des gîtes. »

  • Face à ces conclusions claires de l’Institut Pasteur (impact limité du malathion sur le terrain, lutte efficace passe avant tout par la destruction des gites larvaires), nous demandons l’interdiction du malathion et le renforcement des actions de sensibilisation et de responsabilisation de la population.

 

En conclusion

Il n’y a donc pas une raison de demander l’interdiction du malathion, mais bien plusieurs raisons, qui s’appuient en partie sur les conclusions d’organismes reconnus comme l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, le Haut Conseil de la Santé Publique, l’Institut Pasteur.

Le bon sens semble aller également en faveur de l’interdiction du malathion en Guyane.

Nous espérons vivement que les autorités répondent rapidement à nos interrogations, par voie de presse ou tous autres moyens qui permettraient à tous d’avoir des informations concrètes et vérifiables et qu’en attendant, ils suspendent l’autorisation d’utilisation du Malathion en Guyane.

Nous espérons également que les autorités sauront entendre la désapprobation croissante de la population pour utiliser le malathion en Guyane, et qu’aucune autre action ne sera nécessaire.

Il est difficilement acceptable et tenable de ne pas associer à la demande de dérogation les rapports des suivis sanitaires et environnementaux qui accompagnent nécessairement, et depuis plus de 10 ans, les sessions en routine de pulvérisation de deltaméthrine (et également de Malathion jusqu’en 2009)

Nous demandons enfin à ce que soit renforcée la sensibilisation de la population (déjà entreprises par ailleurs par le Conseil Général) afin que chacun de nous se mobilise pour lutter contre les gîtes larvaires, premier levier d’efficacité contre le chikungunya.

Des idées innovantes et participatives seront plus efficaces (et moins coûteuses) que cette course effrénée vers des produits toujours plus (plus toxiques, plus rémanents, plus dangereux …) et pour lesquels les moustiques sont déjà en partie résistants.