luminetVous êtes astrophysicien au CNRS ?

Oui, je suis directeur de recherche au CNRS et astrophysicien de l’Observatoire de Paris dans un laboratoire qui porte le beau nom de LUTH, Laboratoire Univers et Théories. On ne fait pas de l’observation, on fait de l’interprétation de calculs qui nous permettent après de vérifier les théories.

On parle d’un milliard d’étoiles cartographié par Gaïa, cela ne représente que 1 % du nombre d’étoiles de la Voie lactée ? Ça paraît peu…

C’est la question qui vient lorsqu’on pense qu’il y a au moins 100 milliards d’étoiles dans la Voie lactée ! Mais 1 milliard c’est énorme pour nous. On a un échantillon extrêmement significatif tout simplement parce qu’on a une assez bonne idée de la structure de notre galaxie, donc l’échantillon est homogène. J’aime bien comparer la Voie lactée à une forêt pour décrire le travail de Gaïa, au lieu d’avoir des arbres vous avez des étoiles. Un botaniste qui rentre dans une forêt qu’il ne connaît pas trop va observer les arbres à différents stades de leur évolution, des jeunes pousses, des arbres en pleine maturité, des arbres qui commencent à vieillir et des arbres morts. à partir de là, il va reconstituer l’histoire individuelle des arbres, puis l’histoire de l’ensemble de la forêt grâce à cet échantillon significatif des arbres à tous les degrés de leurs existences. Et bien, c’est un peu ça que va faire Gaïa avec ce milliard d’étoiles, en étudiant le spectre et les couleurs, les luminosités de ces étoiles, en déterminant quelles sont les étoiles adultes, quelles sont les vieilles étoiles, où et quand elles se sont formées. On va reconstituer l’histoire entière de la Voie lactée.

Ce 1 % est-il concentré dans une zone de la galaxie, ou va-t-il être prélevé jusqu’aux extrémités de la galaxie ?

Il y a deux aspects : il y a l’astrométrie qui consiste à mesurer les distances avec les parallaxes. Ce système ne fonctionne que pour les étoiles relativement proches de l’environnement solaire. En revanche le catalogage du milliard d’étoiles, englobe à peu près toutes les régions de la galaxie, sauf évidemment celles qui sont obscurcies par les poussières galactiques.

En effet, nous sommes situés à l’intérieur de la Voie lactée, donc avec une vision partielle d’elle. Avec les résultats de Gaïa d’ici 2020, serons-nous en mesure de connaître le nombre de bras qu’elle possède  ?

Je ne peux pas dire si ce sera en 2020, mais oui, grâce à la cartographie tridimensionnelle, il sera possible de confirmer l’existence d’une barre centrale par exemple. Vous savez que les galaxies purement spirales n’ont pas de barres centrales, mais depuis plusieurs années, on soupçonne que la Voie lactée n’est pas une galaxie spirale parfaite, mais une spirale barrée.

On parle du début de l’archéologie galactique grâce à Gaïa, pouvez-vous nous en dire plus ?
Suite réservée aux abonnés…